Calendula - Textes - Poésie

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Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Ven 13 Fév - 15:06

Rappelle-toi Carnélia

Rappelle-toi Carnélia
Il pleuvait sans cesse sur Sarmath ce jour-là
Et tu marchais souriante
Epanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Carnélia
Il pleuvait sans cesse sur Sarmath
Et je t'ai croisée rue de la Foi
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Carnélia
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Carnélia
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Carnélia
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Carnélia
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville peureuse
Cette pluie sur le pont
Sur le Bureau de Justice
Sur le Temple de Notre-Dame
Oh Carnélia
Quelle connerie ta guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu de celles de La Chair et du Sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant ?
Oh Carnélia
Il pleut sans cesse sur Sarmath
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil du pal sur Sarmath
Et vont pourrir au fond
Au fond des tréfonds de Sarmath
Dont un jour il ne restera plus rien

...Pas même le souvenir perdu
de l'amour de Notre-Dame.


Dernière édition par Theyr le Mar 13 Oct - 12:55, édité 1 fois

Theyr
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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Ven 13 Fév - 21:17

La putain

Une bruine oppressante coule sur le trottoir
Les bottes à haut-talons se reflètent en miroir
Font un bruit régulier au rythme de l'errance
De cette femme blonde, de mâles la pitance.
On lui avait promis une vie bien meilleure
A donné sa confiance mais c'était un menteur
Qui prit tous ses papiers, liberté confisquée
Elle doit tapiner pour ce métier risqué.
Jetée sur ce trottoir qui luit sous la lune
Elle attend le client qui donnera ses thunes
En échange de sexe de faveurs inavouables
D'une heure de luxure et de plaisirs coupables.
Elle rajuste sa jupe et son haut échancré
Revient sur le trottoir, son proxénète y veille
Recommence sa danse d'une saveur nacrée
Pour attirer les hommes, cette nuit comme la veille.

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Ven 13 Fév - 21:19

Le bossu Bitor tiré des Amours jaunes de Corbière

Un pauvre petit diable aussi vaillant qu'un autre,
Quatrième et dernier à bord d'un petit cotre...
Fier d'être matelot et de manger pour rien,
Il remplaçait le coq, le mousse et le chien ;
Et comptait comme ça, quarante ans de service,
Sur le rôle toujours inscrit comme - novice !

- Un vrai bossu : cou tors et retors, très madré,
Dans sa coque il gardait sa petite influence ;
Car chacun sait qu'en mer un bossu porte chance...
- Rien ne f…iche malheur comme femme ou curé !

Son nom : c'était Bitor - nom de mer et de guerre -
Il disait que c'était un tremblement de terre
Qui, jeune et fait au tour, l'avait tout démoli :
Lui, son navire et des cocotiers... au Chili.

…..…..…..…..

Le soleil est noyé. - C'est le soir - dans le port
Le navire bercé sur ses câbles, s'endort
Seul ; et le clapotis bas de l'eau morte et lourde,
Chuchote un gros baiser sous sa carène sourde.
Parmi les yeux du brai flottant qui luit en plaque,
Le ciel miroité semble une immense flaque.

Le long des quais déserts où grouillait un chaos
S'étend le calme plat…
Quelques vagues échos...
Quelque novice seul, resté mélancolique,
Se chante son pays avec une musique...
De loin en loin, répond le jappement hagard,
Intermittent, d'un chien de bord qui fait le quart,
Oublié sur le pont...
Tout !e monde est à terre.
Les matelots farauds s'en sont allés - mystère ! -
Faire, à grands coups de gueule et de botte... l'amour.
- Doux repos tant sué dans les labeurs du jour. -
Entendez-vous là-bas, dans les culs-de-sac louches,
Roucouler leur chanson ces tourtereaux farouches !

- Chantez ! La vie est courte et drôlement cordée !
Hâle à toi, si tu peux, une bonne bordée
À jouer de la fille, à jouer du couteau...
Roucoulez mes Amours ! Qui sait : demain !... tantôt...

… Tantôt, tantôt.. la ronde en écrémant la ville,
Vous soulage en douceur quelque traînard tranquille
Pour le coller en vrac, léger échantillon,
Bleu saignant et vainqueur, au clou. - Tradition. -

…..…..…..…..

Mais les soirs étaient doux aussi pour le Bitor,
Il était libre aussi, maître et gardien à bord...
Lové tout de son long sur un rond de cordage,
Se sentant somnoler comme un chat.. comme un sage,
Se repassant l'oreille avec ses doigts poilus,
Voluptueux, pensif ; et n'en pensant pas plus,
Laissant mollir son corps dénoué de paresse,
Son petit oeil vairon noyé de morbidesse !...

- Un loustic en passant lui caressait les os :
Il riait de son mieux et faisait le gros dos.

…..…..…..…..

Tout te monde a pourtant quelque bosse en la tête…
Bitor aussi - c'était de se payer la fête !

Et cela lui prenait, comme un commandement
De Dieu : vers la Noël, et juste une fois l'an.
Ce jour-là, sur la brune, il s'ensauvait à terre
Comme un rat dont on a cacheté le derrière...
- Tiens : Bitor disparu.. - C'est son jour de sabbats
Il en a pour deux nuits : réglé comme un compas.
- C'est un sorcier pour sûr... -
Aucun n'aurait pu dire,
Même on n'en riait plus ; c'était fini de rire.

Au deuxième matin, le bordailleur rentrait
Sur ses jambes en pieds-de-banc-de-cabaret,
Louvoyant bord-sur-bord...
Morne, vers la cuisine
Il piquait, droit, chantant ses vêpres ou matine,
Et jetait en pleurant ses savates au feu...
- Pourquoi - nul ne savait, et lui s'en doutait peu.
… J'y sens je ne sais quoi d'assez mélancolique,
Comme un vague fumet d'holocauste à l'antique...

C'était la fin ; plus morne et plus tordu, le hère
Se reprenait hâler son bitor de misère...

…..…..…..…..

- C'est un soir, près Noël. - Le cotre est, à bon port,
L'équipage au diable, et Bitor... toujours Bitor.
C'est le grand jour qu'il s'est donné pour prendre terre :
Il fait noir, il est gris. - L'or n'est qu'une chimère !
Il tient, dans un vieux bas de laine, un sac de sous...
Son pantalon à mettre et : La terre est à nous ! -
Un pantalon jadis cuisse-de-nymphe-émue,
Couleur tendre à mourir !... et trop tôt devenue
Merdoie... excepté dans les plis rose-d'amour,
Gardiens de la couleur, gardiens du pur contour...

Enfin il s'est lavé, gratté - rude toilette ?
- Ah ! c'est que ce n'est pas, non plus, tous les jours fête !…
Un cache-nez lilas lui cache les genoux
- Encore un coup-de-suif ! et : La terre est à nous !
… La terre un bouchon, quoi Mais Bitor se sent riche :
D'argent, comme un bourgeois : d'amour comme un caniche…
- Pourquoi pas le Cap-horn !… Le sérai ! - Pourquoi pas… !
-Syrènes du Cap-horn, vous lui tendez les bras !…

....................

Au fond de la venelle est la lanterne rouge,
Phare du matelot, Stella maris du bouge...
- Qui va là ? - Ce n'est plus Bitor ! c'est un héros,
Un Lauzun qui se frotte aux plus gros numéros !...
C'est Triboulet tordu comme un ver par sa haine !...
Ou c'est Alain Chartier, sous un baiser de reine !...
Lagardère en manteau qui va se redresser !...
- Non : C'est un bienheureux honteux - Laissez passer.
C'est une chair enfin que ce bout de rognure !
Un partageux qui veut son morceau de nature.
C'est une passion qui regarde en dessous
L'amour... pour le voler !... - L'amour à trente sous !

- Va donc Paillasse ! Et le trousse-galant t'emporte !
Tiens : c'est là !... C'est un mur - Heurte encor !... C'est la porte :
As-tu peur ! -
Il écoute... Enfin : un bruit de clefs,
Le judas darde un rais : - Hô, quoi que vous voulez ?
- J'ai de l'argent. - Combien es-tu ? Voyons ta tête...
Bon. Gare à n'entrer qu'un ; la maison est honnête ;
Fais voir ton sac un peu ?... Tu feras travailler ?...

Et la serrure grince ; on vient d'entrebâiller ;
Bitor pique une tête entre l'huys et l'hôtesse,
Comme un chien dépendu qui se rue à la messe.
- Eh, là-bas ! l'enragé,. quoi que tu veux ici ?
Qu'on te f…iche droit, quoi ? pas dégoûté ! Merci !...
Quoi qui te faut, bosco ?... des nymphes, des pucelles
Hop ! à qui te Mayeux ? Eh là-bas, les donzelles !... -

Bitor lui prit le bras : - Tiens, voici pour toi, gouine :
Cache-moi quelque part... tiens là... C'est la cuisine.
- Bon. Tu m'en conduiras une... et propre ! combien ?...
- Tire ton sac. - Voilà. - Parole ! il a du bien !..
Pour lors nous en avons du premier brin : cossuses ;
Mais on ne t'en a pas fait exprès des bossuses...
Bah ! la nuit tous les chats sont gris. Reste là voir,
Puisque c'est ton caprice ; as pas peur, c'est tout noir. -

....................

Une porte s'ouvrit. C'est la salle allumée.
Silhouettes grouillant à travers la fumée :
Les amateurs beuglant, ronflant, trinquant, rendus ;
- Des Anglais, jouissant comme de vrais pendus.
Se cuvent, pleins de tout et de béatitude ;
- Des Yankees longs, et roide-soûls par habitude,
Assis en deux, et tour à tour tirant au mur
Leur jet de jus de chique, au but, et toujours sûr ;
- Des Hollandais salés, lardés de couperose ;
- De blonds Norvégiens hercules de chlorose ;
- Des Espagnols avec leurs figures en os ;
- Des baleiniers huileux comme des cachalots ;
- D'honnêtes caboteurs bien carrés d'envergures,
Calfatés de goudron sur toutes les coutures ;
- Des Nègres blancs, avec des mulâtres lippus ;
- Des Chinois, le chignon roulé sous un gibus,
Vêtus d'un frac flambant-neuf et d'un parapluie ;
- Des chauffeurs venus là pour essuyer leur suie ;
- Des Allemands chantant l'amour en orphéon,
Leur patrie et leur chope... avec accordéon ;
- Un noble Italien, jouant avec un mousse ;
Qui roule deux gros yeux sous sa tignasse rousse ;
- Des Grecs plats ; des Bretons à tête biscornue ;
- L'escouade d'un vaisseau russe, en grande tenue ;
- Des Gascons adorés pour leur galant bagoût...
Et quelques renégats - écume du ragoût. -

Là, plus loin dans le fond sur les banquettes grasses,
Des novices légers s'affalent sur les Grâces
De corvée... Elles sont d'un gras encourageant ;
Ça se paye au tonnage, on en veut pour l'argent...
Et, quand on largue tout, il faut que la viande
Tombe, comme un hunier qui se déferle en bande !

- On a des petit noms : Chiourme, Jany-gratis,
Bout-dehors, Fond-de-vase, Anspeck, Garcette-à-riz.
- C'est gréé comme il faut : satin rose et dentelle ;
Ils ne trouvent jamais la mariée assez belle...
- Du velours pour frotter à cru leur cuir tanné !
Et du fard, pour torcher leur baiser boucané !...
À leurs ceintures d'or, faut ceinture dorée !
Allons ! - Ciel moutonné, comme femme fardée
N'a pas longue durée à ces Pachas d'un jour...
- N'en faut du vin ! n'en faut du rouge !... et de l'amour !

…..…..…..…..

Bitor regardait ça - comment on fait la joie -
Chauve-souris fixant les albatros en proie...
Son rêve fut secoué par une grosse voix :
- Eh, dis donc, l'oiseau bleu, c'est-y fini ton choix ?
- Oui : (Ses yeux verts vrillaient la nuit de la cuisine)
… La grosse dame en rose avec sa crinoline !...
- Ça : c'est Mary-saloppe, elle a son plein et dort. -
Lui, dégainant le bas qui tenait son trésor :
- Je te dis que je veux la belle dame rose !…
- Ç'a-t'y du vice !... Ah -ça : t'es porté sur la chose ?...
Pour avec elle, alors, tu feras dix cocus,
Dix tout frais de ce soir !... Vas-y pour tes écus
Et paye en double : On va t'amatelotter. Monte...
- Non ici... - Dans le noir ?... allons faut pas de honte !
- Je veux ici ! - Pas mèche, avec les règlements.
- Et moi je veux ! - C'est bon... mais t'endors pas dedans...

Ohé là-bas ! debout au quart, Mary-saloppe !
- Eh, c'est pas moi de quart ! - C'est pour prendre une chope,
C'est rien la corvée... accoste : il y a gras !
- De quoi donc ? - Va, c'est un qu'a de l'or plein ses bas,
Un bossu dans un sac, qui veut pas qu'on l'évente...
- Bon : qu'y prenne son soûl, j'ai le mien ! j'ai ma pente.
- Va, c'est dans la cuisine...

- Eh ! voyons-toi, Bichon...
T'es tortu, mais j'ai pas peur d'un tire-bouchon !
Viens... Si ça t'est égal : éclairons la chandelle ?
- Non. - Je voudrais te voir, j'aime Polichinelle...
Ah je te tiens ; on sait jouer Colin-maillard !...
La matrulle ferma la porte...
- Ah tortillard !...

…..…..…..…..…..

- Charivari ! - Pour qui ? - Queue ronde infernale,
Quel paquet crevé roule en hurlant dans la salle ?...
- Ah, peau de cervelas ! ah, tu veux du chahut !
À poil ! à poil, on va te caréner tout cru !
Ah, tu grognes, cochon ! Attends, tu veux la goutte :
Tiens son ballon !... Allons, avale-moi ça... toute !
Gare au grappin, il croche ! Ah ! le cancre qui mord !
C'est le diable bouilli !...

- C'était l'heureux Bitor.

- Carognes, criait-il, mollissez !... je régale...
-Carognes ?... Ah, roussin ! mauvais comme la gale !
Tu régales, Limonadier de la Passion ?
On te régalera, va ! double ration !
Pou crochard qui montais nous piquer nos punaises !
Cancre qui viens manger nos peaux !... Pas de foutaises,
Vous autres : Toi, la mère, apporte de là haut
Un grand tapis de lit, en double et comme-y-faut !
Voilà ! -
Dix bras tendus halent la couverture
- Le tortillou dessus !... On va la danser dure ;
Saute, Paillasse ! hop là !... -
C'est que le matelot,
Bon enfant, est très dur quand il est rigolot.
Sa colère : c'est bon. - Sa joie : ah, pas de grâce !...
Les dames rigolaient…
Attrape : pile ou face ?
Ah, le malin ! quel vice ! Il échoue en côté ! -
… Sur sa bosse grêlaient, avec quelle gaîté !
Des bouts de corde en l'air sifflant comme couleuvres ;
Les sifflets de gabier, rossignols de manoeuvres,
Commandaient et rossignolaient à l'unisson...
-Tiens bon !... -
Pelotonné, le pauvre hérisson
Volait, rebondissait, roulait. Enfin la plainte
Qu'il rendait comme un cri de poulie est éteinte...
- Tiens bon ! il fait exprès... Il est dur, l'entêté !...
C'est un lapin ! ça veut le jus plus pimenté :
Attends !... -
Quelques couteaux pleuvent… Mary-saloppe
D'un beau mouvement, hèle : - À moi sa place ! - Tope !
Amène tout en vrac ! largue !... -
Le jouet mort
S'aplatit sur la planche et rebondit encor...

Comme après un doux rêve, il rouvrit son oeil louche
Et trouble... Il essuya dans le coin de sa bouche,
Un peu d'écume avec sa chique en sang... - C'est bien ;
C'est fini, matelot... Un coup de sacré-chien !
Ça vous remet le coeur ; bois !... -
Il prit avec peine
Tout l'argent qui restait dans son bon bas de laine
Et regardant Mary-saloppe : - C'est pour toi,
Pour boire... en souvenir. - Vrai ? Baise-moi donc, quoi !…
Vous autres, laissez-le, grands lâches ! mateluches !
C'est mon amant de coeur... on a ses coqueluches !
Toi : file à l'embellie, en double, l'asticot ;
L'échouage est mauvais, mon pauvre saligot !... -

Son oeil marécageux, larme de crocodile,
La regardait encore... - Allons, mon garçon, file ! -

…..…..…..…..

C'est tout. Le lendemain, et jours suivants, à bord
Il manquait. - Le navire est parti sans Bitor. -

…..…..…..…..…..

Plus tard, l'eau soulevait une masse vaseuse
Dans le dock. On trouva des plaques de vareuse...
Un cadavre bossu, ballonné, démasqué
Par les crabes. Et ça fut jeté sur le quai,
Tout comme l'autre soir, sur une couverture.
Restant de crabe, encore il servit de pâture
Au rire du public, et les gamins d'enfants
Jouant au bord de l'eau noire sous le beau temps,
Sur sa bosse tapaient comme sur un tambour
Crevé...
Le pauvre corps avait connu l'amour !

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Ven 13 Fév - 21:20

Vénus Anadyomène de Rimbaud

Comme d'un cercueil vert en fer blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D'une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l'essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates :

L'échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu'il faut voir à la loupe.....

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
- Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d'un ulcère à l'anus.

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Ven 13 Fév - 21:20

Extrait de Melancholia d'Hugo

Cette fille au doux front a cru peut-être, un jour,
Avoir droit au bonheur, à la joie, à l'amour.
Mais elle est seule, elle est sans parents, pauvre fille!
Seule! -- n'importe! elle a du courage, une aiguille!
Elle travaille, et peut gagner dans son réduit,
En travaillant le jour, en travaillant la nuit,
Un peu de pain, un gîte, une jupe de toile.
Le soir, elle regarde en rêvant quelque étoile,
Et chante au bord du toit tant que dure l'été.
Mais l'hiver vient. Il fait bien froid, en vérité,
Dans ce logis mal clos tout en haut de la rampe;
Les jours sont courts, il faut allumer une lampe;
L'huile est chère, le bois est cher, le pain est cher.
O jeunesse! printemps! aube! en proie à l'hiver!
La faim passe bientôt sa griffe sous la porte,
Décroche un vieux manteau, saisit la montre, emporte
Les meubles, prend enfin quelque humble bague d'or;
Tout est vendu! L'enfant travaille et lutte encor;
Elle est honnête; mais elle a, quand elle veille,
La misère, démon, qui lui parle à l'oreille.
L'ouvrage manque, hélas! cela se voit souvent.
Que devenir? Un jour, ô jour sombre! elle vend
La pauvre croix d'honneur de son vieux père, et pleure;
Elle tousse, elle a froid. Il faut donc qu'elle meurt!
A dix-sept ans! grand Dieu! mais que faire?... -- Voilà
Ce qui fait qu'un matin la douce fille alla
Droit au gouffre, et qu'enfin, à présent, ce qui monte
A son front, ce n'est plus la pudeur, c'est la honte.
Hélas, et maintenant, deuil et pleurs éternels!
C'est fini. Les enfants, ces innocents cruels,
La suivent dans la rue avec des cris de joie.
Malheureuse! elle traîne une robe de soie,
Elle chante, elle rit... ah! pauvre âme aux abois!
Et le peuple sévère, avec sa grande voix,
Souffle qui courbe un homme et qui brise une femme,
Lui dit quand elle vient: «C'est toi? Va-t'en, infâme!»

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Ven 13 Fév - 21:42

La vivandière de Béranger
   1817
   Air de B. Wilhem, ou Demain matin, au point du jour, On bat la générale.

   1
   Vivandière du régiment,
   C'est Catin qu'on me nomme.
   Je vends, je donne et bois gaîment
   Mon vin et mon rogome.
   J'ai le pied leste et l'oeil mutin,
   Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ;
   J'ai le pied leste et l'oeil mutin :
   Soldats, voilà Catin !

   2
   Je fus chère à tous nos héros ;
   Hélas ! combien j'en pleure !
   Aussi soldats et généraux
   Me comblaient, à toute heure,
   D'amour, de gloire et de butin,
   Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ;
   D'amour, de gloire et de butin :
   Soldats, voilà Catin !
   3
   J'ai pris part à tous vos exploits
   En vous versant à boire.
   Songez combien j'ai fait de fois
   Rafraichir la Victoire.
   Ca grossissait son bulletin,
   Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ;
   Ca grossissait son bulletin :
   Soldats, voilà Catin !

   4
   Depuis l'épine dorsale je vous sers ;
   Je me mis jeune en route.
   A quatorze ans, dans les déserts,
   Je vous portais la goutte ;
   Puis j'entrai dans Aëlia un matin,
   Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ;
   Puis j'entrai dans Aëlia un matin :
   Soldats, voilà Catin !

   5
   De mon commerce et des amours
   C'était le temps prospère.
   A Arena je passai huit jours,
   Et d'Agloth à l'oeil sévère
   Je débauchai le sacristain,
   Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ;
   Je débauchai le sacristain :
   Soldats, voilà Catin !

   6
   J'ai fait plus que maint duc et pair
   Pour mon pays que j'aime :
   A Raguse, si j'ai vendu cher,
   Et cher à Trom même,
   J'ai donné gratis à Luminis,
   J'ai donné gratis à Luminis :
   Soldats, voilà Catin !

   7
   Quand au nombre il fallut céder
   La victoire infidèle,
   Que n'avais-je pour vous guider
   Ce qu'avait la Pucelle !
   Le Draï aurait fui sans butin,
   Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ;
   Le Draï aurait fui sans butin :
   Soldats, voilà Catin !

   8
   Si je vois de nos vieux guerriers
   Pâlis par la souffrance,
   Qui n'ont plus, malgré leurs lauriers,
   De quoi boire à la Elechos,
   Je refleuris encor leur teint,
   Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ;
   Je refleuris encor leur teint :
   Soldats, voilà Catin !

   9
   Mais nos ennemis, gorgés d'or,
   Pairont encore à boire.
   Oui, pour vous doit briller encor
   Le Jour de la victoire.
   J'en serai le réveil-matin,
   Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ;
   J'en serai le réveil-matin :
   Soldats, voilà Catin !

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Ven 13 Fév - 21:43

Comprenne qui voudra
Poème de Paul Eluard - 1944

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Jeu 19 Fév - 18:27

Invocation à la momie

Ces narines d’os et de peau
par où commencent les ténèbres
de l’absolu, et la peinture de ces lèvres
que tu fermes comme un rideau
Et cet or que te glisse en rêve
la vie qui te dépouille d’os,
et les fleurs de ce regard faux
par où tu rejoins la lumière
Momie, et ces mains de fuseaux
pour te retourner les entrailles,
ces mains où l’ombre épouvantable
prend la figure d’un oiseau
Tout cela dont s’orne la mort
comme d’un rite aléatoire,
ce papotage d’ombres, et l’or
où nagent tes entrailles noires
C’est par là que je te rejoins,
par la route calcinée des veines,
et ton or est comme ma peine
le pire et le plus sûr témoin.
Antonin Artaud

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Jeu 19 Fév - 18:27

La rue

La rue sexuelle s’anime
le long de faces mal venues,
les cafés pepiant de crimes
deracinent les avenues.
Des mains de sexe brûlent les poches
et les ventres bouent par-dessous;
toutes les pensees s’entrechoquent,
et les tetes moins que les trous.
Antonin Artaud

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Jeu 19 Fév - 18:28

Le navire mystique

Il se sera perdu le navire archaïque
Aux mers où baigneront mes rêves éperdus ;
Et ses immenses mâts se seront confondus
Dans les brouillards d’un ciel de bible et de cantiques.
Un air jouera, mais non d’antique bucolique,
Mystérieusement parmi les arbres nus ;
Et le navire saint n’aura jamais vendu
La très rare denrée aux pays exotiques.
Il ne sait pas les feux des havres de la terre.
Il ne connaît que Dieu, et sans fin, solitaire
Il sépare les flots glorieux de l’infini.
Le bout de son beaupré plonge dans le mystère.
Aux pointes de ses mâts tremble toutes les nuits
L’argent mystique et pur de l’étoile polaire.

Antonin Artaud

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Jeu 19 Fév - 18:28

Simple agonie

Ô paria ! - Et revoici les sympathies d'exfolia.
Mais tu ne peux que te répéter, ô honte !
Et tu te gonfles et tu ne crèves pas.
Et tu sais fort bien, ô paria,
Que ce n’est pas du tout ça.
Oh ! que
Devinant l’instant le plus seul de la nature,
Ma mélodie, toute et unique, monte,
Dans le soir et redouble, et fasse tout ce qu’elle peut
Et dise la chose qu’est la chose,
Et retombe, et reprenne,
Et fasse de la peine,
Ô solo de sanglots,
Et reprenne et retombe
Selon la tâche qui lui incombe.
Oh ! que ma musique
Se crucifie,
Selon sa mélodie
Accoudée et mélancolique !….
Il faut trouver d’autres thèmes,
Plus mortels et plus suprêmes.
Oh ! bien, avec le monde tel quel,
Je vais me faire un monde plus mortel !
Les âmes y seront à musique,
Et tous les intérêts puérilement charnels,
Ô fanfares dans les soirs,
Ce sera barbare,
Ce sera sans espoir.
Enquêtes, enquêtes,
Seront l’unique fête !
Qui m’en défie ?
J’entasse sur mon lit, les journaux linge sale,
Dessins de mode, images quelconques,
Toute la capitale,
Matrice sociale.
Que nul n’intercède,
Ce ne sera jamais assez,
Il n’y a qu’un remède,
C’est de tout casser.
Ô fanfares dans les soirs !
Ce sera barbare,
Ce sera sans espoir.
Et nous aurons beau la piétiner à l’envi,
Nous ne serons jamais plus cruels que la vie,
Qui fait qu’il est des animaux injustement rossés,
Et des femmes à jamais laides….
Que nul n’intercède,
Il faut tout casser.
Lève-toi, d'Elechos le paria.
Ce sera sans espoir,
De l’aurore au soir,
Quand il n’y en aura plus il y en aura encore,
Du soir à l’aurore.
Lève-toi, d'Elechos le paria !
Les hommes de l’art
Ont dit : ” Vrai, c’est trop tard. “
Pas de raison,
Pour ne pas activer sa crevaison.
Aux armes, citoyens ! Il n’y a plus de RAISON :
Il prit froid l’autre automne,
S’étant attardé vers les peines des cors,
Sur la fin d’un beau jour.
Oh ! ce fut pour vos cors, et ce fut pour sombrespoirs,
Qu’il nous montra qu’ ” on meurt d’amour ” !
On ne le verra plus aux fêtes nationales,
S’enfermer dans l’Histoire et tirer les verrous,
Il vint trop tôt, il est reparti sans scandale ;
Ô vous qui m’écoutez, rentrez chacun chez vous.

Jules Laforgue, Derniers vers

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Jeu 8 Oct - 16:50


  • Charles-Marie LECONTE DE LISLE   (1818-1894)


Ekhidna
Kallirhoé conçut dans l'ombre, au fond d'un antre,
À l'époque où les rois Ouranides sont nés,
Ekhidna, moitié nymphe aux yeux illuminés,
Moitié reptile énorme écaillé sous le ventre.

Khrysaor engendra ce monstre horrible et beau,
Mère de Kerbéros aux cinquante mâchoires,
Qui, toujours plein de faim, le long des ondes noires.
Hurle contre les morts qui n'ont point de tombeau.

Et la vieille Gaia, cette source des choses,
Aux gorges d'Arimos lui fit un vaste abri,
Une caverne sombre avec un seuil fleuri ;
Et c'est là qu'habitait la Nymphe aux lèvres roses.

Tant que la flamme auguste enveloppait les bois,
Les sommets, les vallons, les villes bien peuplées,
Et les fleuves divins et les ondes salées,
Elle ne quittait point l'antre aux âpres parois

Mais dès qu'Hermès volait les flamboyantes vaches
Du fils d'Hypérion baigné des flots profonds,
Ekhidna, sur le seuil ouvert au flanc des monts,
S'avançait, dérobant sa croupe aux mille taches.

De l'épaule de marbre au sein nu, ferme et blanc,
Tiède et souple abondait sa chevelure brune ;
Et son visage clair luisait comme la lune,
Et ses lèvres vibraient d'un rire étincelant.

Elle chantait : la nuit s'emplissait d'harmonies ;
Les grands lions errants rugissaient de plaisir;
Les hommes accouraient sous le fouet du désir,
Tels que des meurtriers devant les Érinnyes :

- Moi, l'illustre Ekhidna, fille de Khrysaor,
jeune et vierge, je vous convie, ô jeunes hommes,
Car ma joue a l'éclat pourpré des belles pommes,
Et dans mes noirs cheveux nagent des lueurs d'or.

Heureux qui j'aimerai, mais plus heureux qui m'aime !
Jamais l'amer souci ne brûlera son coeur ;
Et je l'abreuverai de l'ardente liqueur
Qui fait l'homme semblable au Kronide lui-même.

Bienheureux celui-là parmi tous les vivants !
L'incorruptible sang coulera dans ses veines ;
Il se réveillera sur les cimes sereines
Où sont les Dieux, plus haut que la neige et les vents.

Et je l'inonderai de voluptés sans nombre,
Vives comme un éclair qui durerait toujours !
Dans un baiser sans fin je bercerai ses jours
Et mes yeux de ses nuits feront resplendir l'ombre. -

Elle chantait ainsi, sûre de sa beauté,
L'implacable Déesse aux splendides prunelles,
Tandis que du grand sein les formes immortelles
Cachaient le seuil étroit du gouffre ensanglanté.

Comme le tourbillon nocturne des phalènes
Qu'attire la couleur éclatante du feu,
Ils lui criaient : Je t'aime, et je veux être un Dieu !
Et tous l'enveloppaient de leurs chaudes haleines.

Mais ceux qu'elle enchaînait de ses bras amoureux,
Nul n'en dira jamais la foule disparue.
Le Monstre aux yeux charmants dévorait leur chair crue,
Et le temps polissait leurs os dans l'antre creux.

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Jeu 8 Oct - 17:30

Soleil cherche futur

L'infirmier de minuit distribue le cyanure
Et demande à Neraï si le convoi est prêt.
"Oh mec il manque encore les ours et les clônures
Mais les poux sont en rut, faut décoller pas vrai ?"
Et les voila partis vers d'autres aventures,
Vers les flèches ou les fleurs flashent avec la folie
Et moi je reste assis les poumons dans la sciure
A filer mes temps morts à la mélancolie.
Soleil, soleil,
N'est ce pas merveilleux de se sentir piégé ?

Paraît que mon sorcier m'attend à Nod là-bas
Ou bien dans un clandé brumeux du vieux Sarmath
Mais je traîne les comptoirs avec ma gueule de bois
En rêvant que la barmaid viendra me causer d'abats
Et je tombe sur l'autre kangaise dans cette soute à proxos
Qui me dit "Viens prendre un verre. Tu m'as l'air fatigué."
Laisse tomber ta cuti, devient ton mécano.
C'est depuis le début du monde que l'homme s'est déchiré.
Soleil, soleil,
N'est ce pas merveilleux de se sentir piégé ?

Adieu Seek'loon, adieu R'ynnat.
On se fait des idoles pour planquer nos moignons.
Maintenant le vent s'engouffre dans les nirvanas
Et nous sommes prisonniers de nos regards bidon.
Les monstres d'Ekhidna projettent nos bégaiements
Sur les murs de la sphère où nous rêvons d'amour
Mais dans les souterrains, les rêveurs sont perdants.
Serions-nous condamnés à nous sentir trop lourds ?
Soleil, soleil,
N'est ce pas merveilleux de se sentir piégé ?


Dernière édition par Theyr le Jeu 8 Oct - 17:37, édité 2 fois

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Jeu 8 Oct - 17:32

Les dingues et les paumés

Les dingues et les paumés jouent avec leurs manies
dans leurs chambres blindées leurs fleurs sont carnivores
& quand leurs monstres crient trop près de la sortie
ils accouchent de scorpions & pleurent des mandragores
et leurs aéroports se transforment en bunkers
à quatre heure du matin derrière un téléphone
quand leur voix qui s'appellent se changent en révolvers
& s'invitent à calter en se gueulant come on

les dingues et les paumés se cherchent sous la pluie
& se font boire le sang de leurs visions perdues
& dans leur yeux-mescal masquant leur nostalgie
ils voient se dérouler la fin d'une inconnue
ils voient des rois-fantômes sur des flippers en ruine
crachant l'amour-folie de leurs nuits-métropoles
ils croient voir venir dieu ils relisent Hölderlin
& retombent dans leurs bras glacés de baby-doll

les dingues et les paumés se trainent chez les Borgia
suivis d'un viel écho jouant du rock'n roll
puis s'enfoncent comme des rats dans leurs banlieus by night
essayant d'accrocher un regard à leur khôl
& lorsque leurs tumbas jouent à guichet fermé
ils tournent dans un cachot avec la gueule en moins
& sont comme les joueurs courant décapités
ramasser leurs jetons chez les dealers du coin

les dingues et les paumés s'arrachent leur placenta
& se greffent un pavé à la place du cerveau
puis s'offrent des mygales au bout d'un bazooka
en se faisant danser jusqu'au dernier mambo
ce sont des loups frileux au bras d'une autre mort
piétinant dans la boue les dernières fleurs du mal
ils ont cru s'enivrer des chants de maldoror
& maintenant ils s'écroulent dans leur ombre animale

les dingues et les paumés sacrifient Don Quichotte
sur l'autel enfumé de leurs fibres nerveuses
puis ils disent à leurs reines en riant du boycott
la solitude n'est plus une maladie honteuse
reprends tes walkyries pour tes vaiseurs maso
mon cheval écorché m'appelle au fond d'un bar
et cet ange qui me gueule viens chez moi mon salaud
m'invite à faire danser l'aiguille de mon radar

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Re: Calendula - Textes - Poésie

Message par Theyr le Mar 17 Nov - 23:49


Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard

Poésie et vérité 1942 (recueil clandestin)
Au rendez-vous allemand (1945, Les Editions de Minuit)

_________________
Anwn ne se crée,
Anwn ne se perd,
Abred se transforme.

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Re: Calendula - Textes - Poésie

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